Le référentiel · Clause 6

Clause 6 : risques, évaluation d'impact et déclaration d'applicabilité

La clause 6 est la porte d'audit. C'est elle qui distingue deux évaluations qu'on confond presque toujours, et c'est son alinéa 6.1.3 f) qui porte la déclaration d'applicabilité.

PraticienPar Focus 42001Publié le Mis à jour le Revu le

La clause 6 est la plus dense de la norme et celle sur laquelle se concentrent les écarts d’audit. Elle compte trois sous-clauses, dont la première se subdivise elle-même : les risques et opportunités à traiter, avec les critères de risque (6.1.1), l’appréciation du risque (6.1.2), son traitement (6.1.3) et l’évaluation d’impact (6.1.4) ; puis les objectifs (6.2) et la planification des changements (6.3). Les cinq premières portent chacune plusieurs exigences ; la dernière tient en une seule.

Deux points y sont décisifs et fréquemment mal rapportés, y compris par des organismes certificateurs. Le premier : la déclaration d’applicabilité relève de 6.1.3 f), et non de la clause 6.3, qui traite des changements. Le second : l’évaluation d’impact de 6.1.4 est une exigence, pas une bonne pratique facultative.

6.1.1 — Risques, opportunités et critères

L’ordre importe. Des risques notés sans critères préalables ne sont pas comparables entre eux, et la décision d’acceptation devient une appréciation personnelle qu’aucun auditeur ne peut suivre. Le critère d’acceptation est la partie qu’on oublie : il dit à quel niveau un risque doit être traité plutôt que toléré.

6.1.2 — L’appréciation du risque, à partir de vos objectifs

C’est ici que se joue la confusion la plus coûteuse de la norme, et elle court dans les deux sens. On lit souvent que l’appréciation de 6.1.2 ne regarde que l’organisation, et l’évaluation d’impact de 6.1.4 les personnes. C’est inexact : 6.1.2 demande déjà d’analyser les conséquences d’un risque pour les individus et les sociétés.

Ce qui distingue les deux processus, c’est leur angle. L’appréciation du risque part des objectifs que l’organisation s’est fixés en matière d’IA et construit un portefeuille de risques à hiérarchiser et à traiter. L’évaluation d’impact prend un système d’IA et examine ce qu’il peut produire sur des personnes, des groupes et les sociétés, qu’il soit utilisé comme prévu ou détourné de façon prévisible, dans le contexte technique et sociétal où il est déployé et selon les juridictions en cause. La norme les relie explicitement : les résultats de la seconde doivent être pris en compte dans la première, qui peut s’appuyer sur elle pour apprécier les conséquences.

6.1.3 — Le traitement, et la déclaration d’applicabilité

L’alinéa f) est le plus mal cité de la norme. C’est lui qui porte la déclaration d’applicabilité — et cela a une conséquence directe sur la nature de l’Annexe A. L’Annexe A est normative, mais cela ne rend pas ses 38 contrôles obligatoires : ce qui est exigé, c’est la comparaison avec le catalogue et la justification de chaque décision.

Pour les exclusions, le texte est plus ouvert qu’on ne le lit souvent. La déclaration contient tous les contrôles que les options de traitement retenues rendent nécessaires : un tel contrôle y figure donc forcément. Pour motiver une exclusion, la norme cite deux éléments qu’une justification peut comprendre, sans en faire une liste fermée : l’appréciation des risques ne rend pas le contrôle nécessaire, et aucune exigence externe applicable ne l’impose, ou elle prévoit une exception. Une justification solide examine les deux. Le coût et la difficulté ne figurent pas parmi ces éléments ; en pratique, une exclusion qui ne repose que sur eux se défend mal, car renoncer à traiter un risque revient à l’accepter, et cette acceptation doit être approuvée par la direction désignée.

6.1.4 — L’évaluation d’impact du système d’IA

C’est une exigence, formulée comme telle, et c’est probablement le point où la littérature commerciale égare le plus ses lecteurs. La clause 6.1.4 impose de définir le processus et de documenter les résultats ; la clause 8.4 impose de le mettre en œuvre à intervalles planifiés et lorsque des changements significatifs sont envisagés. Les contrôles A.5.2 à A.5.5 en fournissent le détail opérationnel.

L’évaluation d’impact n’est pas une analyse d’impact relative à la protection des données. Les deux peuvent se compléter — un système de tri de candidatures relève souvent des deux — mais leur objet diffère : l’une regarde le traitement de données personnelles, l’autre les conséquences du système, y compris quand aucune donnée personnelle n’est en jeu.

6.2 — Les objectifs relatifs à l’IA

Un objectif mesurable se suit plus facilement et se défend mieux en audit ; quand la mesure n’est pas possible, 6.2 impose tout de même de le suivre. « Améliorer l’éthique de nos systèmes » ne se mesure pas. « Disposer d’une évaluation d’impact à jour pour les systèmes en production avant la fin du semestre » se mesure, et se vérifie.

6.3 — La planification des changements

Sous-clause brève, et régulièrement confondue avec la déclaration d’applicabilité — qui n’est pas ici. Elle porte sur les changements du système de management lui-même : limites du périmètre, méthode d’appréciation, répartition des responsabilités, manière de choisir et de suivre les fournisseurs. Ce qui change dans les systèmes d’IA, ou dans ce que fournissent des tiers, relève d’abord de 8.1 ; s’il est jugé significatif, il appelle aussi une nouvelle appréciation des risques (8.2) et, lorsqu’il est envisagé, une nouvelle évaluation d’impact (8.4). L’arrivée d’un nouveau système d’IA passe par ces clauses ; elle ne touche la présente sous-clause que si elle modifie le système de management, par exemple en déplaçant les limites du périmètre : le parcours, étape par étape.

Ce que la clause 6 ne demande pas

Aucune méthode d’appréciation du risque n’est imposée. Une matrice, une approche par scénarios, une méthode dérivée d’ISO 31000 ou d’ISO/IEC 23894 : le choix vous appartient, à condition qu’il soit écrit et appliqué de façon constante.

La norme ne fixe aucun seuil, aucune métrique et aucune échelle : c’est à l’organisme de définir ses critères (6.1.1). Elle n’impose pas non plus de registre des risques sous une forme particulière. Elle exige en revanche de conserver une information documentée sur les actions menées face aux risques et opportunités (6.1.1), sur les processus d’appréciation (6.1.2) et de traitement (6.1.3), et sur les résultats de chaque appréciation (8.2) et de chaque traitement (8.3). Le registre n’est que la forme la plus courante pour tenir cette obligation et la rendre vérifiable.