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ISO 42001 et AI Act : ce que la certification couvre, et ce qu'elle ne couvre pas

La norme fournit la mécanique d'un système de management ; le règlement exige, système par système, des pièces qu'aucun certificat ne produit. Entre les deux, un recouvrement réel — et une illusion commerciale tenace.

PraticienPar Focus 42001Publié le Mis à jour le Revu le

La réponse courte tient en trois négations. Une certification ISO/IEC 42001 ne rend pas conforme au règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle, dit AI Act. Elle ne confère aucune présomption de conformité. Et aucune obligation du règlement n’est réputée remplie du seul fait qu’on détient le certificat.

La réponse utile est plus nuancée. La norme installe une gouvernance, une discipline documentaire, un inventaire et une gestion des fournisseurs sans lesquels la conformité au règlement serait très difficile à atteindre. Le recouvrement est fort sur la structure de management, faible sur la substance que le règlement exige de chaque système.

Deux textes qui ne jugent pas le même objet

ISO/IEC 42001 AI Act
Nature Norme internationale volontaire Règlement européen d’application directe
Objet évalué L’organisation et son système de management Chaque système d’IA, et les modèles à usage général
Qui vérifie Un organisme de certification accrédité, par audit Le fournisseur, par une évaluation de la conformité — avec un organisme notifié dans certains cas —, puis les autorités de surveillance du marché
Ce qui en résulte Un certificat, sans effet juridique propre Pour un système à haut risque : une déclaration UE de conformité, un marquage CE et, dans la plupart des cas, un enregistrement dans la base de données de l’Union
En cas d’écart Une non-conformité d’audit Des sanctions administratives, jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les pratiques interdites

La confusion tient en partie au vocabulaire. Le système de management de l’IA de la norme et le système de gestion de la qualité que l’article 17 impose aux fournisseurs de systèmes à haut risque se ressemblent sur le papier. Le premier gère les risques et les objectifs de l’organisation ; le second est un dispositif de conformité des produits, tourné vers les exigences du règlement.

Quant à la présomption de conformité, le règlement la réserve aux normes harmonisées dont la référence est publiée au Journal officiel de l’Union européenne (article 40). ISO/IEC 42001 n’en est pas une, et au 13 septembre 2026 aucune norme harmonisée soutenant le règlement n’est citée. Le mécanisme et l’état des travaux européens sont détaillés dans la page consacrée aux normes harmonisées.

Le calendrier, après le report de juillet 2026

Le règlement (UE) 2026/1744, dit omnibus numérique sur l’IA, a été publié au Journal officiel le 24 juillet 2026 et est entré en vigueur le 27 juillet. Il a reporté les obligations applicables aux systèmes à haut risque et ajouté deux interdictions. Les échéances déjà passées restent acquises.

Échéance Ce qui s’applique Au 13 septembre 2026
2 février 2025 Pratiques interdites (article 5). Obligation de maîtrise de l’IA (article 4), reformulée en juillet 2026 : prendre des mesures pour le personnel, sans garantir un niveau donné En application
2 août 2025 Obligations des fournisseurs de modèles à usage général ; régime des sanctions En application
2 août 2026 Application générale, dont les obligations de transparence de l’article 50 En application
2 décembre 2026 Deux nouvelles interdictions : générer des images intimes d’une personne identifiable sans son consentement, et des contenus pédocriminels. Marquage des contenus générés pour les systèmes mis sur le marché avant le 2 août 2026 À venir
2 août 2027 Modèles à usage général mis sur le marché avant le 2 août 2025 À venir
2 décembre 2027 Systèmes à haut risque de l’annexe III : biométrie, infrastructures critiques, éducation, emploi, accès aux services essentiels dont le crédit, répression, migrations, justice À venir
2 août 2028 Systèmes à haut risque de l’annexe I : IA intégrée comme composant de sécurité à des produits déjà réglementés, comme les dispositifs médicaux, les jouets ou les ascenseurs À venir

Le report ne déplace pas le point de départ. Inventorier ses systèmes, qualifier son rôle pour chacun et les classer selon leur niveau de risque ne dépend d’aucune norme ni d’aucune échéance.

Obligation par obligation

Les tableaux suivent les obligations du règlement, rôle par rôle. « Partiel » signifie que la norme fournit une structure ou une partie de la substance, mais laisse un écart à combler ; « aucun », qu’aucune exigence auditée de la norme ne correspond. Aucune obligation n’est couverte entièrement.

C’est une analyse éditoriale. Il n’existe pas de table de correspondance officielle entre les deux textes.

La colonne « Ce qui reste à produire » ne retient que ce qu’aucune exigence de la norme n’impose. Plusieurs de ces éléments figurent pourtant dans les lignes directrices de l’Annexe B, comme recommandations ou pistes que l’organisation peut adapter (B.1) : représentativité des données, journalisation automatique, formation des personnes chargées du contrôle humain, identification des menaces propres à l’IA.

Le recouvrement suppose deux conditions : que le système concerné entre dans le périmètre du système de management, et que les contrôles cités n’aient pas été exclus de la déclaration d’applicabilité.

Le fournisseur d’un système à haut risque

Obligation du règlementAppui dans ISO/IEC 42001RecouvrementCe qui reste à produire
Gestion des risques (art. 9)Appréciation des risques en 6.1.2 ; évaluation d'impact en 6.1.4 et domaine A.5PartielUn dispositif centré sur la santé, la sécurité et les droits fondamentaux des personnes, et pas sur les objectifs de l'organisation
Données d'entraînement, de validation et de test (art. 10)Domaine A.7, dont la qualité en A.7.4PartielDes critères de pertinence et de représentativité, et un examen des biais
Documentation technique (art. 11, annexe IV)7.5 ; A.6.2.3 et A.6.2.7PartielLa documentation au contenu fixé par l'annexe IV, système par système
Journalisation (art. 12 et 19)A.6.2.8PartielUne journalisation automatique, et des journaux conservés au moins six mois
Transparence et notice d'utilisation (art. 13)A.8.2 pour l'information des utilisateurs ; A.6.2.7 pour la documentation technique qui leur est remise ; les recommandations correspondantes de l'Annexe BPartielUne notice dont le contenu minimal est fixé par le règlement
Contrôle humain (art. 14)Compétence en 7.2 ; domaine A.9PartielDes mesures intégrées au système, et des personnes en mesure d'interpréter, d'outrepasser ou d'arrêter
Exactitude, robustesse, cybersécurité (art. 15)A.6.2.4 ; ISO/IEC 27001 pour la sécuritéPartielDes niveaux d'exactitude déclarés dans la notice, une résistance aux attaques propres à l'IA
Système de gestion de la qualité (art. 17)L'ensemble du système de management ; 5.1, 5.3 et A.3.2 pour les responsabilitésPartiel, fort sur les responsabilitésUne stratégie de conformité réglementaire, et un raisonnement exigence par exigence du règlement
Surveillance après commercialisation (art. 72)9.1 ; A.6.2.6PartielUn plan de surveillance rattaché à la documentation technique
Signalement des incidents graves (art. 73)A.8.4 pour prévenir les utilisateurs ; A.8.5 pour les autres destinataires ; A.6.2.6 pour l'exploitation ; 10.2 si l'événement révèle une non-conformitéPartielUne procédure tenue à des délais : 15 jours au plus, 10 en cas de décès, 2 pour une infraction de grande ampleur ou une perturbation grave d'infrastructure critique
Évaluation de la conformité, déclaration UE, marquage CE, enregistrement (art. 43, 47, 48, 49)AucunDes actes juridiques qu'aucun système de management ne produit

Le déployeur d’un système à haut risque

Obligation du règlementAppui dans ISO/IEC 42001RecouvrementCe qui reste à produire
Usage conforme à la notice d'utilisation (art. 26)A.9.4, qui aligne l'usage sur l'usage prévu et sur la documentation livrée avec le système ; processus d'usage responsable en A.9.2PartielUne notice dont le règlement fixe le contenu et qui fait référence ; s'y tenir relève déjà d'A.9.4, s'il est retenu
Contrôle humain confié à des personnes compétentes (art. 26)Compétence en 7.2 ; rôles en A.3.2 ; ressources humaines en A.4.6 ; objectifs d'usage responsable en A.9.3PartielDes personnes désignées, formées et dotées de l'autorité nécessaire pour interpréter, outrepasser ou arrêter le système
Surveillance du fonctionnement, et information en cas de risque ou d'incident grave (art. 26 et 73)A.6.2.6 pour la surveillance et l'exploitation ; A.8.4 pour prévenir les utilisateurs ; 10.2 si l'événement révèle une non-conformitéPartielL'information du fournisseur puis de l'autorité, et la suspension de l'usage en cas de risque
Conservation des journaux sous son contrôle (art. 26)A.6.2.8 ; maîtrise des informations documentées en 7.5.3PartielUne conservation des journaux pendant au moins six mois
Information des personnes concernées et des représentants du personnel (art. 26)Obligations d'information des parties intéressées en A.8.5PartielL'information effective des personnes soumises aux décisions, et des représentants du personnel avant un usage au travail
Analyse d'impact sur les droits fondamentaux, pour les déployeurs concernés (art. 27)6.1.4 ; A.5.2 à A.5.5PartielUn périmètre étendu à l'ensemble des droits fondamentaux, et la notification des résultats à l'autorité
Pour une autorité publique : vérification de l'enregistrement du système (art. 26)AucunLa vérification, avant tout usage, que le système figure dans la base de données de l'Union

Tout fournisseur et tout déployeur

La transparence de l’article 50 dépend de ce que fait le système. La maîtrise de l’IA de l’article 4 vaut pour chacun des deux rôles.

Obligation du règlementAppui dans ISO/IEC 42001RecouvrementCe qui reste à produire
Informer les personnes qu'elles dialoguent avec un système d'IA (art. 50, fournisseur)Information des utilisateurs en A.8.2PartielUne information des personnes qui interagissent avec le système, et pas seulement de ses utilisateurs
Marquer les contenus générés (art. 50, fournisseur)AucunUn marquage des contenus générés, lisible par machine
Signaler les hypertrucages et certains textes publiés (art. 50, déployeur)AucunLa mention, sur les contenus concernés, qu'ils ont été générés ou manipulés artificiellement
Informer les personnes exposées à la reconnaissance des émotions ou à la catégorisation biométrique (art. 50, déployeur)Obligations d'information des parties intéressées en A.8.5PartielL'information effective des personnes exposées
Maîtrise de l'IA du personnel (art. 4)Compétence en 7.2 ; sensibilisation en 7.3PartielDes mesures qui visent tout le personnel concerné par l'IA, au-delà des compétences requises par le système de management

Les modèles à usage général suivent un régime distinct (articles 53 à 55), que la norme n’a pas été conçue pour couvrir. Le règlement permet à leurs fournisseurs de s’appuyer sur un code de bonnes pratiques pour démontrer leur conformité ; celui qui les concerne a été publié le 10 juillet 2025. Une certification ISO n’y joue aucun rôle.

Le cas qui résume tout : les journaux d’événements

La norme permet d’écarter un contrôle de l’Annexe A, à condition de justifier l’exclusion dans la déclaration d’applicabilité (6.1.3 f)). Pour cette justification, elle cite deux éléments, sans en faire une liste fermée : l’appréciation des risques ne rend pas le contrôle nécessaire, et aucune exigence externe applicable ne l’impose — ou celle qui s’applique prévoit une exception. Le contrôle A.6.2.8, qui porte sur l’enregistrement des journaux d’événements, peut donc être exclu par une organisation pour qui il est sans objet, tant qu’aucune obligation légale ne le requiert.

Le règlement, lui, impose aux systèmes à haut risque une capacité de journalisation automatique. Il oblige leurs fournisseurs à en conserver les journaux, et leurs déployeurs à conserver ceux qui sont sous leur contrôle. Rien à justifier, rien à exclure.

Une organisation peut pourtant détenir un certificat valide, obtenu avec A.6.2.8 exclu, et être en écart complet avec l’AI Act sur ce point, si la justification de l’exclusion n’a pas été confrontée au règlement. Ce n’est pas une faille de la norme, qui fait elle-même des exigences externes applicables un critère de la justification d’une exclusion : c’est la différence entre un catalogue de contrôles qu’on sélectionne, avec des justifications qui peuvent passer à côté du règlement, et une obligation légale qui s’impose.

Ce que la certification change réellement

Il faut être aussi précis sur la valeur que sur le mythe. Cinq apports sont réels.

  • L’inventaire. Déterminer le périmètre du système de management (4.3) conduit à identifier les systèmes d’IA développés, fournis ou utilisés qu’il couvre, même si la norme n’en exige pas la liste nominative. C’est le préalable de toute classification au sens du règlement.
  • Les responsabilités. Leadership, rôles et reddition de comptes (5.1, 5.3, A.3.2) sont au cœur de la norme. C’est le point de l’article 17 où le recouvrement est le plus fort.
  • La discipline documentaire. L’information documentée (7.5) produit des politiques, des procédures et des enregistrements réutilisables. Elle réduit le coût de production des pièces réglementaires ; elle ne dispense pas de les produire.
  • La chaîne de fournisseurs. A.10.2 et A.10.3 portent sur la répartition des responsabilités avec les tiers et sur les fournisseurs, ce que le règlement organise aussi le long de la chaîne de valeur (article 25).
  • Les routines de revue. L’audit interne (9.2), la revue de direction (9.3) et l’amélioration continue (10.1) entretiennent la surveillance dans la durée.

Face à une autorité de surveillance du marché, le certificat ne répond à aucune demande de fond. L’autorité examine des pièces par système : documentation technique, journaux, résultats de tests, déclaration UE, rapports d’incident. Le certificat peut en revanche accélérer la production de ces pièces, et documenter une diligence.

L’article 99 demande de tenir compte, pour fixer une amende, du degré de responsabilité de l’opérateur au regard des mesures techniques et organisationnelles qu’il a mises en œuvre. Qu’une autorité retienne une certification à ce titre est une hypothèse raisonnable, pas une règle établie.

Ce qu’il faut produire en plus d’un système de management

Pour le fournisseur d’un système à haut risque, la liste ne se délègue pas au certificat :

  • une analyse de rôle par système, conclue par écrit ;
  • la classification de chaque système au regard des pratiques interdites, de l’annexe III et de l’annexe I ;
  • un dispositif de gestion des risques propre à chaque système à haut risque et orienté vers les personnes, que l’appréciation des risques de 6.1.2 ne remplace pas, même si elle examine aussi les conséquences pour les individus et les sociétés ;
  • la documentation technique de l’annexe IV et la notice d’utilisation ;
  • la journalisation et la conservation des journaux ;
  • le plan de surveillance après commercialisation ;
  • une procédure de signalement des incidents graves, tenue aux délais légaux ;
  • l’évaluation de la conformité, la déclaration UE, le marquage CE et l’enregistrement.

Un déployeur a une liste plus courte, mais qui n’est pas vide — elle est détaillée dans la page sur les rôles de fournisseur et de déployeur.

Sources

État du droit vérifié le 13 septembre 2026.

  • Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle, publié au Journal officiel de l’Union européenne le 12 juillet 2024 : articles 4, 5, 9 à 17, 19, 26, 27, 40, 43, 47 à 49, 53, 72, 73, 99, 111 et 113, annexes I, III et IV.
  • Règlement (UE) 2026/1744, dit omnibus numérique sur l’IA, adopté le 8 juillet 2026 et publié au Journal officiel le 24 juillet 2026.
  • Commission européenne, questions-réponses sur les obligations de transparence de l’article 50, mise à jour du 24 juillet 2026.
  • Commission européenne, page consacrée à la normalisation de l’AI Act, mise à jour du 3 août 2026.
  • ISO/IEC 42001:2023. Les références de clauses et de contrôles renvoient au texte de la norme, qui n’est pas reproduit ici.